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samedi 19 janvier 2013

Émotions tous azimuts

Que d'émotions cinématographiques ces dernières semaines! Il y avait longtemps que je n'avais pas navigué ainsi entre plusieurs genres, de la comédie sentimentale américaine jusqu'au drame semi-japonais, en passant par le dernier cri du 3D. Réflexions.

Silver Linings Playbook (2012)

C'est une histoire de folie et de famille un peu tout croche, d'amour qui s'emboîte mal et de thérapies qui battent de l'aile. Sorti de l'institut psychiatrique où il se remettait après un choc émotionnel particulièrement violent (dans tous les sens du terme), le bipolaire Pat rencontre Tiffany, une fille aussi amochée que lui — mais dont la répartie et le caractère cinglant suscitent bientôt chez lui un brin de réflexion. Comme on savoure leurs dialogues! Comme on rit de ces situations à la fois loufoques et dures! Un film d'une étonnante qualité, autant pour son scénario fluide et maîtrisé que pour ses comédiens d'une solidité de marbre. Bradley Cooper, que je redécouvre avec stupeur ici, et Jennifer Lawrence, dont l'aplomb jette par terre, sont d'ailleurs tous deux en nomination pour l'Oscar de Best Actor/Actress in a Leading Role — et Silver Linings Playbook est en lice pour le Best Picture. Fait rare pour un film mi-drame mi-comédie qui n'en avait sans doute pas l'ambition.

Life of Pi (2012)

Ma première sortie au cinéma de l'année: Life of Piadapté du roman de Yann Martel par le réalisateur taïwanais Ang Lee (Brokeback Mountain). Très attendue, l'entreprise était surtout audacieuse considérant l'originalité du sujet: à la suite d'un naufrage dans l'océan Indien, le jeune Pi Patel se voit condamné à partager son canot avec des animaux sauvages, sortis du zoo qu'avait son père à Pondichéry et qui faisaient voyage avec eux vers le Canada. Fidèle au livre, Life of Pi a quand même quelques faiblesses, comme des acteurs de soutien vacillants et des scènes longues, parfois vides de sens. Mais les noeuds du film, soit la survie en mer elle-même et la bataille de tous les jours avec le tigre Richard Parker, sont exceptionnels — chapeau, d'ailleurs, aux effets spéciaux (merci 3D) et à la spectaculaire progression physique et psychologique de Pi vers l'état «sauvage», qui vient inévitablement après autant de temps passé seul sur un radeau. Inutile de dire que Suraj Sharma, en jeune Pi, tient le rôle d'une vie. Sans surprise, Life of Pi est candidat dans plusieurs catégories des prochains Oscars, où il est nominé entre autres pour le convoité Best Picture. Mais avec comme rivaux Amour de Haneke et Lincoln de Spielberg, la compétition est rude.

The Perks of Being a Wallflower (2012)

Un bijou. Je répète: un bijou. Quel film humain, original, audacieux! The Perks of Being a Wallflower nous dévoile une intimité de jeunesse, la naissance d'une amitié entre trois adolescents de l'école secondaire un peu marginaux, qui ont chacun leurs cicatrices et leurs secrets. Adapté du roman éponyme de Stephen Chbosky — qui signe également le scénario et le film —, The Perks ne cache pas ses origines littéraires, et c'est tant mieux. La narration est d'ailleurs l'oeuvre du personnage principal, le timide Charlie (Logan Lerman), doué pour l'écriture et sans ami depuis la mort de son seul copain. Quand il rencontre la belle Sam (Emma Watson) et son demi-frère Patrick (Ezra Miller), un jeune gay extraverti au grand coeur, sa vie change de cap. Dire que The Perks est réussi est un euphémisme: c'est un délicat portrait de l'adolescence dans ce qu'elle peut avoir de beau et de plus profond, même si tout vole parfois en morceaux. Emma Watson montre ici tout son talent de jeune femme en devenir et Ezra Miller, franchement, est une révélation: impossible de ne pas être emballé par ses idées folles, ses mimiques et sa joie de vivre. Un personnage à l'image du film, justement.

Water For Elephants (2011)

Drôle de hasard: Cousine et moi avons regardé presque en même temps ce film sans prétention, qui met pourtant en scène de grands noms: Christoph Waltz bien sûr, toujours aussi brillant, de même que la délicate Reese Whiterspoon et le désormais vedette Robert Pattinson, vampire reconverti en tombeur de ces dames. Mais détrompez-vous: Water for Elephants n'est pas un film à l'eau de rose bien qu'il parle d'amour: c'est surtout une formidable plongée dans le monde du cirque et de ses ouvriers ambulants, dévoués corps et âme à leur métier de nomades qui bâtissent du spectacle. Un portrait fascinant, donc, que complète l'histoire d'amour — crédible, tiens — entre la femme du grand patron et un jeune vétérinaire du cirque. Une belle épopée, encore une fois adaptée d'un livre (Sara Gruen), mais qui a l'avantage d'être enfin original puisqu'il se fait instructif en plus de combiner les éléments essentiels à un film haletant: amour et suspense.

Rabbit Hole (2010)

Celui-ci n'est pas pour les mères et les pères sensibles: on traverse avec un couple le deuil de leur petit garçon, mort frappé par une voiture devant chez lui. Jamais on ne voit l'accident comme tel: l'enfant ne vit que dans les souvenirs de ses parents, dans ces traces qu'il a laissées derrière lui (jouets, photos, vêtements) et qui rendent le deuil immensément long, même absurde. Tiré d'une pièce de théâtre, Rabbit Hole se fait ici un film psychologique tout en lenteur et en travail sur soi, mené par deux très bons comédiens: Nicole Kidman et Aaron Eckhart, que j'avais découvert dans Towelhead. Traitement américain oblige, ils sont très aisés et par conséquent, l'immensité de leur maison (et de leur solitude, aussi) rappelle le vide auquel ils doivent faire face. Bientôt, le couple est acculé au pied du mur: la vie doit continuer, sinon c'est l'éclatement. Vraiment, une belle découverte, qui traite avec doigté un thème difficile à mettre en images.

(500) Days of Summer (2009)

Pour apprécier une comédie romantique, il faut se tourner vers l'indépendant: la machine hollywoodienne ne produit presque que des navets, on le sait depuis longtemps. Avec (500) Days of Summer, donc, on retrouve certes une histoire traditionnelle où les coeurs jouent au yo-yo, mais qui se veut aussi une sorte de leçon de rédemption, d'anti-amour-fou — et ça fait du bien. Curieux? Laissez-vous tenter, l'histoire en vaut la peine et le scénario aussi: découpé en séquences, donc bâti sur d'incessants retours en arrière et projections dans le temps, on voyage ainsi dans les journées (500) de l'histoire entre Tom et Summer, qui travaillent tous deux dans une entreprise de cartes de souhaits (!). Si Zooey Deschanel est correcte, Joseph Gordon-Levitt est franchement rafraîchissant dans sa candeur et sa détermination, qui le rendent fort aimable à l'écran. Un moment sympathique, comme disait Cousine, qui va au-delà de la ritournelle je-t'aime-moi-aussi.

Memoirs of a Geisha (2005)

Pour quiconque nourrit une curiosité pour le Japon et ses mystères, Memoirs of a Geisha saura vous combler au-delà de vos attentes. C'est dans le monde très sélect et très exigeant des geishas, ces dames de compagnie douées pour les arts, que nous plonge ce long-métrage de deux heures vingt bien senties, véritable épopée à travers le Kyoto du XXe siècle. On suit le destin d'une jeune fille arrachée à sa soeur et ses parents, devenue plus tard une grande geisha, et qui nourrit pour un homme bien plus vieux qu'elle un amour qui durera des années. Cérémonie du thé, apprentissage du shamisen, séances de maquillage et de revêtement du kimono, compétition entre les geishas du quartier de Gion... Rien n'est laissé au hasard. Pour avoir lu le livre qui a inspiré le film — Geisha de Arthur Golden —, je peux dire que l'adaptation est réussie, autant en termes de direction photo que d'interprétation. Avec Steven Spielberg comme producteur, ça se comprend.

Love Actually (2003)

Je parlais de comédies romantiques made in Hollywood... Pour un film grand public de temps des Fêtes, la brochette de grands noms de Love Actually impressionne (Colin Firth, Hugh Grant, Liam Neeson, Keira Knightley, même Mr Bean) et la durée aussi (deux heures). Et pourtant, le temps passe vite, il faut l'avouer. Et comme ce sont plusieurs histoires que l'on suit en alternance, il est presque impossible de se lasser malgré le ton un peu répétitif de la chose: amour, amour... Heureusement, les protagonistes sont crédibles, surtout Hugh Grant en président des États-Unis et sa charmante compagne de scène, Martine McCutcheon. Bon, ce n'est pas «l'ultime comédie romantique» comme l'annonce la pochette, mais c'est un film sympathique, caricatural à souhait, pour rire un peu. Point.

mercredi 28 novembre 2012

The Master

The Master — Paul Thomas Anderson (2012)

À l'occasion de la sortie d'un film de Paul Thomas Anderson (PTA), les cousines se sont offert une sortie au cinéma. Voici donc leur appréciation personnelle.

Cousine: PTA figure parmi mes réalisateurs préférés. Puisqu'il ne sort pas souvent de films (son dernier, There Will be Blood, remontait à 2007), ceux-ci sont toujours très attendus de ma part. Maître dans le style de «chronique», PTA nous offre ici une intrusion puissante dans la vie d'un gourou (toujours aussi merveilleux Phillip Seymour Hoffman, un acteur fétiche de PTA) et d'un de ses disciples alcoolique et instable, formidablement joué par Joaquim Phoenix. Ce film nous invite donc à explorer la force et le dévouement aveugle que peut engendrer la croyance. Un film d'une grande puissance à voir pour tous les cinéphiles dignes de ce nom.

Geneviève: Cela n'arrive que très rarement: un film où tout, du scénario au jeu des interprètes, de la musique à la direction photo, est admirable. Rares aussi sont les films qu'on désire déjà, tout de suite après la représentation, voir une deuxième fois — pour mieux comprendre les thèmes, les non dits, les niveaux de sens. The Master est de cette trempe. L'atmosphère de manipulation psychologique propre aux sectes, servie sur fond de société américaine étriquée et fermée d'esprit, est déconcertante. Et que dire du jeu de Seymour Hoffman et Phoenix? Ce dernier tient le meilleur rôle de sa vie: sa posture, son faciès, ses tics, son tourment tiennent du génie. Voilà un long-métrage d'une rare puissance qui explore à la fois la vulnérabilité, l'aveuglement et le goût de pouvoir des hommes.

jeudi 8 novembre 2012

Hauts et bas humains

Après les films de répertoire pseudo romantiques, me voilà plongée dans l'artillerie lourde: les films de réalisateurs établis, où les plus sourdes pulsions humaines sont mises au premier plan.

Carnage (2011)

Quel délicieux moment de cinéphile Cousine et moi avons-nous passé devant Carnage! Adapté de la pièce Le Dieu du carnage, de l'écrivaine française Yasmina Reza, ce long-métrage de Roman Polanski prend la forme d'une confrontation en vase clos entre deux couples — qui n'était à l'origine qu'une discussion à propos d'une bataille entre leurs fils respectifs.

Geneviève: Pour être efficace, ce genre de film à la Huis clos se doit d'être brillamment mis en scène et de compter sur un solide scénario. Et c'est ici le cas. On ne s'ennuie pas dans cette sournoise dissection d'une soirée entre deux couples, qui discutent dans l'appartement des parents dont le garçon a été le plus amoché au cours de la bagarre. D'abord un peu collet monté, âge adulte oblige, la discussion dégénère et les coups bas fusent: alors que l'un parle sans cesse au téléphone avec effronterie (prodigieux Christoph Waltz), sa femme commence à se sentir mal (délicieuse Kate Winslet) et s'attire les foudres de ses hôtes (solides Jodie Foster et John C. Reilly). Il faut bien sûr aimer les dialogues et la mécanique du théâtre pour apprécier Carnage, mais même les plus néophytes en cette matière seront aimantés par cette peinture de nos bassesses les plus humaines.

Cousine: Comme Geneviève, j'ai beaucoup aimé ce film. Le côté "pièce de théâtre"est très fort et se démarque principalement par un scénario et des dialogues d'une grande finesse. Bien que le film soit court (1h20), il en est pas moins efficace. À écouter en début de soirée, pour pouvoir écouter un 2e film après.


La piel que habito (2011)

Quel film sordide et tordu. Mais quel film. La piel que habito est une autre perle d'Almodóvar, qui nous a habitués à ses lentes dérives psychologiques bien charpentées — on se souviendra du touchant Hable con ella, il y a dix ans. Cette fois-ci, le réalisateur espagnol nous plonge dans le quotidien d'un chirurgien esthétique, qui se consacre à la création d'une peau ultrarésistante dans l'anonymat de son laboratoire privé. Mais autour de lui, on s'aperçoit bien vite que tout cloche: à commencer par la mystérieuse jeune femme qu'il tient recluse et qui tente, par tous les moyens, de s'échapper. Personnage central de La piel que habito, cette femme n'est que le premier des nombreux malaises qui nous montent au coeur durant deux heures, dans le va-et-vient entre présent et passé où l'histoire de fou du chirurgien se reconstruit. Un film troublant, qui secoue quand même.

The Bang Bang Club (2010)

Prenez quatre photographes de presse, déposez-les dans les rues de Soweto, en Afrique du Sud, juste avant l'élection de 1994 et ajoutez-y un brin de décadence: vous aurez ainsi le portrait de The Bang Bang Club, long-métrage de fiction — mais inspiré de faits réels — du réalisateur canadien Steven Silver. Si le film reste flou sur les événements historiques qu'il raconte — le conflit entre les Noirs pro-ANC et la communauté zouloue en plein apartheid —, ses airs de documentaire et ses impressionnantes reconstitutions ont en revanche de quoi captiver. On se promène, avec les quatre photographes tricotés serré, à même les rues dangereuses de la banlieue noire, dans les balles et les massacres au couteau, jusque dans les cases de familles qui veillent leurs morts sous une ampoule nue. Journalistiquement parlant, The Bang Bang Club est très bon — même s'il lui manque peut-être, pour avoir toute la grâce du cinéma, un peu de chair autour de l'os.

Inglourious Basterds (2009)

Je suis loin d'être une adepte des films de Tarantino, que je trouve insupportablement violents. Mais je dois dire que cette fois, Inglourious Basterds est une belle réussite, un juste dosage entre humour, drame, histoire et fantaisie, qui nous emporte dans l'Europe dévastée d'Hitler et ses sbires. Qui ne connaît pas ces basterds juifs partis scalper du nazi et qui, malgré leur maladresse, réussissent à faire trembler le terrible dictateur? Encore une fois, la direction photo est impeccable et les performances d'acteur, Brad Pitt et Christoph Waltz premiers, sont à couper le souffle — sauf peut-être celle de Mélanie Laurent, qui reste fidèle à tous ses autres rôles: d'une sécheresse formidable. Dommage, car son personnage de jeune juive cherchant vengeance est à lui seul un portrait de la résistance française au temps de l'Occupation. Mais malgré cette petite faiblesse, Inglourious Basterds a de la gueule.

Slumdog Millionnaire (2008)

Un peu comme Cousine, qui s'était demandé pourquoi il avait raflé tant de prix, je n'ai été qu'à moitié charmée par Slumdog Millionnaire. Même s'il nous plonge dans l'Inde jusqu'aux oreilles, même s'il est un miracle de réalisation, il lui manque une sorte de vérité fondamentale, une modestie. Oui, c'est cela, une modestie. Danny Boyle en a fait trop pour montrer l'Inde au reste du monde, ses beaux comme ses mauvais côtés, et tout va trop vite pour qu'on puisse véritablement encaisser l'Inde — et l'histoire. J'aurais préféré une caméra plus posée, un ton un peu moins grandiose qui aurait mieux collé à la complexité de l'Inde. Cela dit, l'histoire de ce jeune Indien né dans les bidonvilles de Mumbai, soupçonné d'avoir triché au jeu télévisé Who Wants To Be A Millionnaire puisque sa vie l'a un jour mis sur le chemin des bonnes réponses, est émouvante, entraînante et intrigante jusqu'au bout.


Atonement (2007)

Pour un film inspiré d'un livre traitant lui-même de l'écriture, Atonement est fort bien réussi. Dans le meilleur de la bourgeoisie anglaise étriquée, une jeune fille égoïste et jalouse profère un mensonge qui aura de graves conséquences sur la vie de sa soeur aînée, déjà malmenée par la guerre. Plus tard, l'enfant devenue grande se fera écrivaine pour recoller par les mots les pots qu'elle a cassés. Cela étant dit, la plus grande qualité d'Atonement est son scénario, judicieusement articulé autour d'un mystère dont la mécanique n'est dévoilée qu'à la fin — on n'a jamais vu plus original procédé de rédemption. Et s'il n'a pas l'allure ni le ton d'une morale, Atonement donnera quand même à réfléchir aux esprits les plus fins, et ce, même si le jeu toujours aussi vide de Keira Knightley gâche un peu la sauce.

Little Miss Sunshine (2006)

Quelle sympathique petite fable que ce Little Miss Sunshine, une sorte de comédie noire où l'on suit une famille rapiécée sur sa route vers la Californie, où la plus jeune souhaite participer à un concours de beauté. Ce n'est certes pas un grand chef-d'oeuvre, mais on ne peut pas faire autrement que rire tant la situation (à six dans une vieille Volkswagen, grand-père cocaïnomane et ado muet compris) est loufoque, désespérée, absurde même. Mais la scène est aussi profondément triste, car on aborde des thèmes sombres comme le suicide, la dépendance et la moquerie, la jeune Olive n'ayant rien d'une beauté, justement. Un film à voir surtout pour les acteurs, presque tous absolument délicieux — surtout Steve Carell en frère suicidaire homosexuel, qui cite Proust et parle philosophie alors que le reste de la famille mange du poulet frit en buvant leur litre de Coca. Savoureux.

The Painted Veil (2006)

Voilà une belle découverte presque inconnue des cinéphiles: The Painted Veil, un long-métrage planté dans les montagnes humides de Chine au beau milieu d'une éclosion de choléra. Les excellents Naomi Watts et Edward Norton incarnent un couple qui, marié un peu trop vite et sans trop d'amour, se retrouve coincé dans une villa sans air dans le danger d'un village de Chine, où le mari, bactériologiste, s'efforce de limiter les morts. Doté d'une photographie et d'une reconstitution historique appréciables — considérant que le film est plutôt axé sur la relation du couple —, mis en musique par l'incomparable Alexandre Desplat, The Painted Veil est une belle plongée: dans les terres chinoises, mais surtout dans les déraisons du coeur.

mercredi 3 octobre 2012

D'amour et de folie

Les personnages de ces trois films sont tous un peu fous: fous d'amour, fous sans le vouloir, fous tout court. De quoi constater que la folie reste un concept assez large, très subjectif, et surtout qui modèle notre rapport aux autres.

Martha Marcy May Marlene (2011)

Articulé autour de flashbacks qui nous plongent dans le monde troublant d'une secte américaine du Connecticut, ce long-métrage détaille la vie de Martha Marlene — ou Marcy May — à partir du moment où, sans que l'on sache ni pourquoi ni comment, elle s'enfuit de la ferme où survit le petit groupe tricoté trop serré. Profondément déroutée, elle trouve refuge chez sa soeur qu'elle n'a pas vue depuis des années. De toute évidence, le lavage de cerveau et les chocs encaissés là-bas ont laissé leurs traces, semblables à celles d'un choc post-traumatique: nervosité, égarement, agressivité, incapacité de communiquer... Il y a longtemps que je n'avais pas vu un thriller psychologique d'une telle grâce, brillamment mis en scène et aux protagonistes convaincants. Et le but est atteint: on reçoit bien peu de réponses mais on en ressort dérangé à souhait.

Like Crazy (2011)

Cet agréable film est passé tout à fait inaperçu l'an dernier, et je me demande bien pourquoi. Like Crazy raconte l'histoire d'une jeune britannique venue étudier pendant quelques mois à Los Angeles, où elle tombe amoureuse d'un jeune Américain. Je vous vois déjà soupirer, mais sachez qu'il ne faut pas se fier aux apparences: ce n'est pas parce qu'un film parle d'amour impossible qu'il tombe dans tous les clichés. C'est le quotidien banal mêlé d'une légère euphorie que l'on retrouve ici, dans la réalité d'un amour qui se défait à cause de la distance et qui, on le sait bien, n'est pas toujours exclusif. J'ai beaucoup aimé la caméra subtile, les silences, les regards. Entre l'Angleterre et la Californie, on voyage dans cet amour incertain et on pardonne les quelques flous au scénario parce qu'on a envie de revoir Like Crazy — juste pour le plaisir de l'image, de la musique et de l'amour en petites vagues.

Adam (2009)

C'est dommage qu'Adam soit si banal et mal scénarisé, parce que l'acteur au rôle titre, Hugh Dancy (qu'on voit aussi dans Martha Marcy May Marlene), est d'un réalisme fou dans la peau d'un jeune homme atteint du syndrome d'Asperger. Impossible de ne pas s'attacher à lui, à ses petites manies et à sa franchise débordante. Amoureux de sa voisine de palier, il développe des sentiments qu'il n'a jamais connus et qui, pour une fois, sont réciproques. Mais l'hésitation de la jeune femme en question (très quelconque Rose Byrne) et les soubresauts que vivent sa famille mettent des bâtons dans les roues du couple... Je répète, c'est dommage que le film soit si long, qu'il n'ait au fond aucun message de fond ni d'élégance visuelle particulière — parce que le thème aurait pu être à la base d'un très solide argument.

One Day (2011)

Nombreuses sont les filles à avoir lu le sympathique roman au même titre de David Nicholls, où deux amis de longue date refusent de s'avouer leur amour. Et c'est vrai que le livre est bien, qu'il est drôle, même touchant. Mais malheureusement, le travail de scénarisation — pourtant l'oeuvre de l'auteur lui-même — n'a pas la délicatesse ni l'exhaustivité à laquelle on s'attend. Découpé comme le livre en séquences séparées d'un an pour commémorer le jour de leur rencontre, One Day ne fait qu'effleurer le pourquoi du comment de la vie d'Emma et de Dexter, qui explique pourtant l'intrigue et l'action. Certaines parties sont escamotées, d'autres traînent en longueur. Pour le cinéphile qui n'a pas lu le livre, le long-métrage reste donc bien mince autour de l'os. Ce qui sauve la mise, ce sont les très talentueux Anne Hathaway et Jim Sturgess, qui crèvent littéralement l'écran, et la musique fantastique de Rachel Portman — qu'on connaît pour ses mélodies crève-coeur de Never Let Me Go, entre autres. De bien jolis attributs pour un film sincère, mais incomplet.

lundi 10 septembre 2012

Un été ciné bien maigre

La belle saison a été maigre en matière de cinéma. Les soirées autour d'un verre avec les copains se terminant rarement devant l'écran — et le coup de foudre séries télé ayant opéré chez moi aussi —, j'ai volé quelques heures à mes semaines occupées pour découvrir quelques oeuvres.

To Rome with Love (2012)

Quelle déception! On attend toujours les films de Woody Allen comme le dernier sacrement, mais cette fois ne nous leurrons pas: il a raté son coup. Du moins ne tombe-t-on pas sous le charme de la Ville éternelle comme auparavant avec Paris (Midnight in Paris) ou Londres (Match Point), qui rayonnaient dans les oeuvres créatives et bien ficelées du maître hollywoodien. Éparpillé et superficiel, surtout exagérément long, To Rome with Love apparaît comme un film sans âme, qui accumule les clichés et se veut drôle sans l'être, engonçant de surcroît dans des rôles assommants des acteurs appréciables, dont Penélope Cruz et Roberto Benigni (comme ressorti des boules à mites, lui qui avait pris l'ombre depuis l'inoubliable La Vie est belle). Encore une fois, on assiste à un imbroglio amoureux de type «choral» où chacun y va de ses leçons de vie, le tout sur fond d'humour rocambolesque (le chanteur italien sous la douche en témoigne). Cela étant dit, Jesse Eisenberg (The Social Network) et Ellen Page (Juno, Inception) livrent de solides performances, et Woody Allen nous fait franchement rire en retraité verbomoteur semi parano. Mais bon, au final, on ressort de To Rome with Love avec le sentiment agaçant d'avoir été mené en bateau — car on sait bien, voyons, que Woody est capable de mieux.

The Help (2011)

Comme l'adaptation de livres est en vogue au grand écran, en voilà un autre ayant fait des vagues l'an dernier. Planté dans le Mississippi des années 60, en plein coeur des rivalités historiques entre les riches familles blanches et leurs domestiques noires, The Help s'intéresse au parcours d'une jeune fille blanche bouillonnante, Skeeter, laquelle s'est mis dans la tête de devenir écrivaine. Son livre? Une série d'entrevues — illégales, cela s'entend — avec des domestiques noires sur leur travail quotidien et sur ce qu'elles pensent de leurs employeurs. Pour l'époque, cette démarche est carrément de l'anarchie. Pas étonnant, donc, que le film soit aussi prenant, qu'il nous émeuve et nous fasse rire autant: le sujet s'y prête à merveille. L'amitié entre Skeeter et le groupe de domestiques tricoté serré est d'ailleurs émouvante — et on ne peut que constater la puissance de toutes ces femmes noires, brillamment rendues notamment par la prestation de Viola Davis en Aibileen et d'Octavia Spencer en Minnie, qui lui a valu un Oscar cette année. Un bon film à la distribution solide, très américain dans son traitement mais qui transporte à souhait.

Terri (2011)

De prime abord, le thème est banal: un jeune garçon obèse subit les railleries de ses comparses d'école et, comme il s'absente de classe et s'habille de pyjamas, finit par devoir s'expliquer avec le directeur. Si, en effet, il ne réinvente pas la roue côté scénario, Terri a néanmoins un petit je-ne-sais-quoi d'attachant — ne serait-ce qu'en raison de son personnage titre, assumé par l'étonnant Jacob Wysocki, ou parce que le directeur d'école est un être si extravagant qu'il détonne agréablement dans ce film lent, tout en portraits et en plans fixes. Terri montre d'ailleurs plus qu'il analyse, et se veut visiblement un témoignage lucide de réalités que l'on oublie parfois — maladie mentale, intimidation, mort — et qui permet de plonger à nouveau dans la période troublée de l'adolescence.

Les petits mouchoirs (2010)

Troisième long-métrage réalisé par le comédien français Guillaume Canet, Les petits mouchoirs rassemble toute la brochette des grands noms de l'Hexagone: Marion Cotillard, Jean Dujardin, François Cluzet... Ces presque trois heures de chassés-croisés enflammés au sein d'un groupe d'amis écorchés — qui partent en vacances au bord de la mer alors qu'un des leurs est dans le coma à l'hôpital — ont le même ton racoleur et criard que bien des films français. Accueilli dans le chalet de campagne de Max (François Cluzet), le groupe de trentenaires vacille en effet de reproches en embrassades, la proximité et les circonstances dramatiques encourageant à une franchise nouvelle. Aveux, confidences, sorties de placard... Les coups de théâtre ne manquent pas. Même si on se sent vraiment en vacances, le résultat reste un peu prévisible et on se demande franchement ce qui a mis autant de temps à se dénouer.

Blue Valentine (2010)

Jamais je ne me suis sentie aussi profondément mal en regardant un film. Jamais. Et pourtant c'est loin d'être un bémol, car rares sont les films qui atteignent une telle intensité dramatique dès le début et qui savent la nourrir jusqu'à la fin. Blue Valentine raconte l'histoire d'amour désenchantée d'un couple que le hasard a uni trop tôt et qui se retrouvent parents sans crier gare. Bâti sur des allers-retours dans le temps, entre leur jeunesse d'espoir et de folies et la réalité crue du travail et du quotidien, le long-métrage est un portrait extraordinaire de la mécanique du couple, une mise à nu de l'amour quand il dérape. Nominée pour l'Oscar de la meilleure actrice en 2011 grâce à ce rôle arrache-coeur d'une jeune femme désorientée, Michelle Williams déploie ici un immense talent. Ryan Gosling n'est pas en reste avec son rôle de jeune homme résigné à l'avenir bouché, incapable de constater que l'amour peut finir par se perdre sans qu'on comprenne pourquoi. À voir absolument — mais préparez votre coeur.


Towelhead (2007)

Avec Alan Ball à la barre, auquel on doit les scénarios d'American Beauty et de Six Feet Under, je m'attendais à un film absolument spectaculaire. J'ai déchanté assez vite, les premières scènes étant à l'image du reste. De Towelhead, qui raconte la vie d'une jeune Libanaise qui découvre sa sexualité dans une banlieue conservatrice du Texas, je ne connaissais rien mis à part la critique positive de Cousin, qui m'avait intriguée. En toute franchise, au contraire de mon frère, je n'ai pas aimé grand-chose du film: l'histoire est tout bonnement jetée au visage du cinéphile, qui souffre d'une absence de mise en contexte; les interprètes sont presque tous d'un robotisme désespérant et leurs dialogues frisent le pathétisme; les thèmes abordés vont dans tous les sens — immigration, sexualité, viol, maternité, politique — mais au final ne sont qu'effleurés; les décors semblent faits de carton et la direction photo laisse parfois à désirer. Seul point positif: rarement a-t-on vu portrait plus réaliste des affres de l'adolescence.

vendredi 13 juillet 2012

Polytechnique: ouvrir les yeux

C'est en décembre 1989, par un jour d'hiver enneigé aussi froid que les autres. Dans les corridors de l'École polytechnique de Montréal, de brillantes jeunes filles échangent leurs notes de cours et discutent d'avenir dans le brouhaha des photocopieuses. L'atmosphère est engagée, les examens approchent.

Au même moment, dans son appartement morne aux murs blancs, Marc Lépine range un fusil dans un sac de poubelle. Il vient d'écrire une lettre expliquant — si cela peut s'expliquer — le geste monstrueux qu'il s'apprête à commettre. Un massacre ouvertement misogyne, qui couronne des années de haine envers celles qui osent se prétendre les égales des hommes — les féministes, comme il les appelle.

Drame biographique réalisé par Denis Villeneuve (Incendies) et tourné en noir et blanc, Polytechnique est plus qu'un compte à rebours jusqu'à la tuerie qui a marqué le Québec il y a 22 ans. C'est un hommage au courage de ces 14 femmes anéanties, un regard quasi documentaire sur le mécanisme du massacre. Presque aucune musique sinon un piano chancelant et deux voix off qui racontent chacune leur point de vue.

Karine Vanasse, c'est simple, y est tout simplement vraie. En femme forte qui lutte jusqu'au bout, elle porte une bonne partie de Polytechnique et y joue son meilleur rôle à mon avis, de ceux qui suivent pendant longtemps une comédienne. Sébastien Huberdeau est émouvant dans le rôle de l'ami marqué, tandis que Maxim Gaudette, dans la difficile peau du tueur, est aussi dur et illuminé qu'a pu l'être jadis son homonyme de chair et d'os.

Même si certains moments sont durs, n'hésitez pas à vous lancer dans ce long-métrage réalisé avec doigté, presque délicat si ce n'était des horribles coups de feu qui font réaliser à quel point la vie ne tient qu'à un fil.


jeudi 21 juin 2012

Life In A Day: la vie tout court

C'est un documentaire qui m'a fait pleurer, rire aux éclats, qui m'a questionnée et calmée. Qui m'a donné l'impression d'être humaine, d'être connectée à la terre et que la vie, oui, est un petit miracle.

Le 24 juillet 2010, des milliers de personnes ont filmé leur vie simple, de leurs ablutions matinales jusqu'au coucher du soleil, et ont publié leur parcelle de vie sur YouTube. De ces images multiples —80 000 soumissions, 4500 heures de tournage dans 192 pays! — est né Life In A Day, un documentaire d'une heure et demie réalisé par Kevin Macdonald à partir de ce «jour dans la vie». Le but: laisser aux générations futures la mémoire de ce qu'était une journée dans la vie humaine, en ce 24 juillet 2010.

Life In A Day est un bijou. On y rencontre des personnes anonymes tout à fait extraordinaires, des enfants qui sourient, des femmes qui prient, des hommes qui fument, dans tous les pays du monde et dans toutes les langues du monde. On y voit, dans de très belles images pour la plupart tournées à l'épaule avec une petite caméra de poche, ce qu'il y a de choquant, d'émouvant ou d'universel dans nos vies éparpillées.

Ceux qui se livrent à la caméra et dont le visage appartient désormais à l'histoire sont le reflet d'une vaste humanité qu'on n'avait jamais pu voir aussi largement dans notre petit coin du monde. L'Autre n'est plus un inconnu, il a désormais un visage et, comme nous, des bonheurs et des blessures. C'est fou, mais même si on y pense parfois, on en a rarement les images.

On peut visionner le film et de nombreuses autres vidéos ayant servi au montage sur le site officiel. Vous pouvez aussi le regarder ici même, via Youtube. Bon voyage.

dimanche 3 juin 2012

Poupoupidou sur les nuages

Suivant le conseil d'un collègue et pour combler mes heures en avion jusqu'à Istanbul, je me suis plongée dans le délicat Poupoupidou, long-métrage sorti l'an dernier et réalisé par le discret Gérald Hustache-Mathieu. Disons-le tout de suite, rarement ai-je été si promptement charmée par un film noir. L'ambiance mi-polar mi-cabaret, le casting solide et le thème intriguant «à la Marilyn», le tout mis en scène dans un bled perdu, sont fascinants.

En plein hiver français, dans le village de Mouthe qu'on dit le plus froid du pays, un suicide. Et pas n'importe lequel: celui de Candice Lecoeur, star locale ayant tous les traits de la légendaire Marilyn Monroe — dont elle se voulait d'ailleurs la réincarnation.  Retrouvée dans la neige derrière le village, elle attise la plume de l'écrivain Rousseau, auteur célèbre de romans noirs, alors en panne d'inspiration. Inutile de dire qu'il se rue à Mouthe pour enquêter sur l'affaire, pour côtoyer Candice par le biais de ses journaux intimes jusqu'à croire l'avoir connue.

Mélange d'art, d'enquête et de littérature, truffé de références à la célèbre actrice et de retours dans le temps, Poupoupidou empoigne. Candice se fait la narratrice du film, la voix qui nous guide de ses débuts jusqu'à sa mort étrange. L'icône de la belle blonde aux grands démons colle à la peau de Rousseau qui, comme dans tous les polars, découvre qu'un suicide cache toujours une mort plus compliquée. Une plongée en mode mystère à regarder les genoux serrés, dans le noir et le silence pour profiter de la superbe photographie. Et avec une grande couverture pour oublier le froid.

mercredi 25 avril 2012

Le festival du troublant

Choc post-traumatique, dialogue avec l'au-delà, cartel de drogue et frénésie informatique: autant de sujets que l'on peut qualifier de troublants, avec bien sûr les nuances qui s'imposent. Le trouble apparaît d'ailleurs en filigrane, se laisse deviner: dans le regard fou d'un soldat psychologiquement torturé, dans le quotidien d'un homme surdoué, dans la vulnérabilité d'une femme ébranlée... Plongez sans crainte, car ce sont là de très bons films.

Brothers (2009)

Pour un film ayant comme thème sous-jacent la guerre, sachez qu'elle y reste étonnamment discrète. Exclusivement articulé autour du départ d'un soldat américain pour l'Afghanistan et de la résignation conséquente de sa famille, Brothers brosse un portait lent et juste d'une petite communauté conservatrice où vivent tranquillement les membres de la famille de Sam — si ce n'était des frasques de son frère Tommy (excellent Jake Gyllenhaal). Si les scènes en Afghanistan, courtes et pénibles, ne m'ont pas convaincue — les Américains pouvant mal jeter un oeil objectif sur leur présence militaire —, le traitement du choc post-traumatique est toutefois à la hauteur de mes attentes, Tobey Maguire ayant réussi un tour de force: trouver le regard parfait du soldat dont l'esprit, profondément torturé, ne tourne plus rond.

Hereafter (2010)

Avis aux sceptiques que le titre du film pourrait rebuter, sachez que le réalisateur Clint Eastwood (J. Edgar, Mystic River) n'a pas l'habitude de pondre des films superficiels. Que vous croyiez ou non aux esprits, aux fantômes ou à une vie après la mort, Hereafter viendra vous remuer d'une manière ou d'une autre. On y revit le tsunami de 2004, on y effleure le milieu de l'édition et du journalisme français, et on y côtoie la mort et le deuil à travers une panoplie de personnages émouvants, tous reliés à un seul et unique homme surdoué: George, qui parle avec les morts — mais pas n'importe comment. D'ailleurs, Matt Damon est tellement incarné que le résultat est tout à fait renversant. Je me suis tant attachée à son personnage que je vivais l'action non plus par le biais du regard de la caméra, mais par son regard à lui. Ajoutons que Cécile de France est, comme d'habitude, tout à fait caméléon. Un film discret, délicat, à la réalisation impeccable, qui soulève des questions fondamentales.

Maria Full of Grace (2004)

Jusqu'où une jolie jeune fille colombienne, téméraire et entêtée, est-elle prête à aller pour gagner sa vie et faire vivre sa famille? C'est la question à laquelle répond exhaustivement Maria Full of Grace, un film de l'américain Joshua Marston à cheval entre la Colombie campagnarde, enfermée dans ses valeurs et ses secrets, et l'Amérique moderne comme «terre promise». Linéaire, simple et surtout crédible grâce à ses interprètes au naturel étonnant, le long-métrage suit le trajet de Maria (remarquable Cantalina Sandino Moreno), qui devient par la force des choses une «mule» — ces filles qui transportent de la drogue dans leur estomac d'aéroport en aéroport. Mesdames, certaines scènes sont difficiles à supporter, on se mord les mains, mais il vaut la peine de les endurer rien que pour connaître cette affreuse réalité.

The Social Network (2010)

Bien franchement, je comprends mal comment ce film frénétique, où l'interprète de Mark Zuckerberg incarne à lui seul ce que le cinéma a fait de plus banal et de plus énervant, ait pu se faufiler dans la course aux Oscar jusqu'à devenir candidat pour le convoité Best Picture. Le long-métrage a certes la qualité de bien résumer, chronologiquement parlant, le phénomène Facebook. Mais les images défilent à une cadence comparable à la vitesse du code binaire et les relations restent largement en surface, le réalisateur ayant manifestement voulu courir trop de chevaux à la fois. Résultat, on en ressort plus essoufflé qu'informé. Pas une minute de répit pour le cinéphile, qui doit encaisser le jargon technique — sous-titres indispensables! — et les nouveaux visages sans avoir le temps de faire des liens. Avec ses interprètes plutôt ordinaires — Jesse Eisenberg, je l'accorde, livre une impressionnante performance — et ses faiblesses éparpillées, The Social Network restera à mon avis une étoile filante dans l'histoire du cinéma. Et cela va sans dire, pour les non-utilisateurs de Facebook — soit 90 % de la population mondiale... —, le film n'a absolument aucun intérêt.

samedi 7 avril 2012

Cinéphilie au féminin (2)

Voilà enfin la deuxième fournée de ma série d'écoutes s'adressant à un public féminin — quoique Messieurs, certains films ici listés pourraient grandement vous plaire. Bien plus intellectuels que le décourageant Leap Year, ils abordent des thèmes plus poussés, dont le deuil (The Greatest), la philosophie de l'amour (Before Sunrise/Sunset) et l'immigration (House of Sand and Fog).

Before Sunrise (1995) et Before Sunset (2004)

Rarement ai-je regardé d'aussi extraordinaires longs-métrages sur la vie en voyage et les rencontres qu'elle procure. Presque exclusivement axés sur le dialogue, Before Sunrise et sa suite, Before Sunset, suivent d'abord la brève rencontre viennoise, puis les retrouvailles parisiennes de l'Américain Jesse (charmant Ethan Hawke) et de la Française Céline (rayonnante Julie Delpy). En 1995, à bord d'un train pour Vienne, les deux voyageurs se découvrent une rare complicité et passent la nuit suivante à vagabonder dans la capitale autrichienne. Chacun devant retourner dans son pays respectif, ce temps compté leur bâtit un moment de perfection, que tous deux savent éphémère — et pourtant, comme tous les jeunes qui partent pour l'inconnu sans plan établi, ils représentent cet espoir sans limites de la jeunesse, un espoir à mes yeux réaliste et nécessaire. Presque dix ans plus tard, les deux adultes se retrouvent cette fois, un peu par hasard, pour un après-midi dans la ville de Paris où travaille Céline et où Jesse termine la promotion de son livre. Maturité aidant, chacun ayant une vie plus «rangée», les dialogues de Before Sunset sont savoureux et davantage maîtrisés. Tout coule de source. On se retrouve dans les personnages encore plus que neuf ans plus tôt, on rit aux éclats et leur chimie époustouflante nous tord à nouveau le ventre. Tout est-il possible? Faut-il ou ne faut-il pas croire aux hasards? Before Sunrise est en soi une belle leçon, que complète à perfection Before Sunset. Regards critiques et humains sur l'amour et la vie, les longs-métrages abordent tout ce dont on oublie de parler dans nos quotidiens de grande vitesse, donnent espoir et dégagent une belle lumière. Et s'il fallait voir dans certaines rencontres la preuve que tout est possible? La certitude qu'il suffit de croire...

House of Sand and Fog (2003)

Quel drôle de film que ce House of Sand and Fog, pas mauvais mais éparpillé, où les coups de théâtre s'accumulent jusqu'à frôler l'hystérie. À la mort de son père, une jeune femme en hérite une jolie maison avec vue sur la mer, au bord du Pacifique, à San Francisco. Son mari venant de la quitter, elle n'ouvre pas son courrier, erre comme une âme en peine, pour finir par apprendre... qu'elle est expulsée de la maison, devenue par un malheureux malentendu la propriété du comté. Horreur. Elle se bat donc pour reprendre possession de son bien, elle qui n'a plus rien et dort dans sa voiture, engageant du même coup une véritable bataille — le mot n'est pas trop fort — pour renvoyer chez eux la famille iranienne qui a racheté la maison. Si certaines scènes sont discutables et si le scénario, exclusivement basé sur la maison, vacille un peu, la sublime performance de Ben Kingsley (Schindler's List, Shutter Island) et de sa touchante famille donnent heureusement une dimension historique au long-métrage, qui en devient du coup bien plus intéressant. L'ambiance d'urgence et de noirceur est par ailleurs bien réussie, et les diverses extrémités auxquelles sont poussés les personnages restent foncièrement humaines. Un bon moment cinéma, mais qui soulève quelques points d'interrogation tout à fait légitimes.

The Greatest (2009)

Une belle brochette d'acteurs se côtoie dans ce film discret, mais au thème intéressant: le deuil. Une jeune étudiante de 17 ans (convaincante Carey Mulligan), tombée enceinte lors de sa première nuit avec le garçon de ses rêves, se retrouve dans la maison des parents de celui-ci quand il meurt précocement dans un accident de voiture. Le père (très juste Pierce Brosnan) et la mère (touchante Susan Sarandon) vivent leur deuil chacun à sa manière, dans tous les extrêmes possibles, ayant aussi à accepter la venue du bébé et la présence d'une fille-mère qui leur est inconnue. Franchement un bon film, profondément émouvant par moments, parfois même original dans son traitement. À souligner, la performance arrache-tripes du frère du mort, qui rend à perfection l'état dans lequel peut se trouver un jeune adolescent perdu après la mort de son frère aîné. 

lundi 19 mars 2012

Identités troubles à rebours

The Burning Plain (2008)

Il y a des films sur lesquels il faut tomber par hasard, sans rien savoir de leur scénario ni de leurs mystères. Pas de bande-annonce, pas de critique. The Burning Plain, cet enchevêtrement de vies déconstruites qui s'entrecroisent à quelques décennies de distance, a provoqué en moi un plaisir véritable de cinéphile, un plaisir devenu aussi rare que le cinéma d'auteur authentique. Cousine et moi avons grandement apprécié ce long-métrage américano-mexicain lent, long, bien maîtrisé, parfois un peu prévisible mais dont l'excellent casting pardonne les petites gaffes — une musique maladroite et une finale fade. Les grands noms Kim Basinger et Charlize Theron, aux rôles tout en douleur et en nuances, sont épaulés par de nouveaux venus qui sonnent vrai — surtout la petite Mexicaine aux cheveux ondulés —, qui tracent un très beau portrait de ces êtres humains qui vivent souvent dans l'ombre. Déroutant, passionnant à coup sûr.

jeudi 15 mars 2012

Quand les classiques sont encore bons

Groundhog Day (Harold Ramis — 1993)

Il y a des classiques qu'on met du temps avant de regarder, des films que tous les cinéphiles nous vantent sans qu'on puisse contribuer à l'éloge. Groundhog Day en fait partie. Pour bien l'apprécier d'ailleurs, il faut l'aborder sans a priori ni préjugé, se laisser emporter par l'apparente absurdité du thème — une journée qui, littéralement, n'en finit plus — et profiter de l'excellente prestation de Bill Murray en journaliste blasé. L'évolution psychologique de son personnage est savoureuse, nuancée, crédible — tout comme celle de sa collègue Andie MacDowell, au naturel déconcertant. Amusant, intrigant, le long-métrage n'est pas un chef-d'oeuvre du cinéma, mais il a l'avantage de traiter simplement d'une réalité de vie qui, sans la créativité du scénario, n'aurait pas pu être aussi brillamment illustrée. Je ne veux pas m'avancer en terrain délicat, mais je comparerais un peu Groundhog Day au phénomène du Petit prince: il faut sans doute plus d'une écoute, et même à plusieurs années d'intervalle, pour bien en éclaircir les plus infinies subtilités.

Another Year (Mike Leigh — 2010)

Quel film. Celui-ci n'est peut-être pas un encore classique, mais il risque de le devenir. Cousine mentionnait d'ailleurs dans sa critique d'août dernier que Mediafilm, principal responsable des cotes au Québec, lui a attribué la rarissime cote 2 - Remarquable, soit un premier pas vers le chef-d'oeuvre. Impossible, donc, de vous endormir sur votre divan ou de soupirer de découragement devant ce drame psychologique anglais, qui traite du bonheur dans toutes ses déclinaisons — vous seriez soit insensibles, soit drôlement blasés. Avec son humour toujours juste, ses personnages tellement vrais qu'on les déteste et les adore tout à la fois, et surtout grâce à ses thèmes finement traités, laissant toute la place aux dialogues, Another Year a tout d'un classique, justement. Autre grande qualité du film: son intemporalité. Il traite d'amour, de travail, d'amitié, de famille dans leurs plus simples éléments, comme si au fond tout allait de soi dans notre monde de fous.

mardi 28 février 2012

Cinéphilie au féminin (1)

Me voilà lancée dans l'écoute de films qui, à défaut d'être «féministes», parlent du moins de la vie d'une femme ou de relations de couples. Les longs-métrages de cette première fournée sont largement destinés au grand public... mais leurs qualités photographiques ou scénaristiques restent pour certains indéniables.

My Week with Marilyn (2011)

Hélas, je dois me ranger du côté de la critique et admettre que le long-métrage si attendu sur la légendaire Marilyn, bien que très joliment tourné, manque de substance. Il faut dire que le court espace temps qu'il relate, soit la semaine consacrée au tournage du film The Prince and the Showgirl de Sir Laurence Olivier dans l'Angleterre de 1956, n'arrange pas l'intrigue. Cette Week with Marilyn est celle qu'a vécue le jeune Colin Clark, alors fraîchement diplômé d'Oxford, avec la belle star américaine sur le plateau du tournage où il a réussi, on se demande encore pourquoi, à se faire engager. Illuminé par Marilyn, Colin partage avec elle des moments volés, fort beaux, où l'on découvre en parallèle le talent immense de Michelle Williams, qui incarne avec brio la femme ô combien tourmentée. Vous serez charmés autant par les images que par le «paradoxe Marilyn», souvent en proie à de terribles crises d'angoisse au beau milieu d'une scène. Mais au final cette histoire n'est qu'un simple regard porté sur le passé de Colin Clark, dont on constate le trouble et l'amour idéalisé, et qui ne creuse pas la vie de Marilyn autant qu'on l'aurait souhaité.

Eat, Pray, Love (2010)

J'avais lu et adoré le récit au même titre d'Elizabeth Gilbert, publié en 2006 et qui a connu, aux États-Unis du moins, un succès immédiat. Cette journaliste américaine, à la carrière établie et à la vie apparemment bien accomplie, a tout quitté pour voyager un an autour du monde à la suite de son difficile divorce. Italie (Eat), Inde (Pray) et Indonésie (Love) ont été son chemin de croix, où elle a remonté le fil d'elle-même pour trouver sa «balance», son identité. Évidemment, la «machine cinématographique» américaine a profité du succès du livre, et sans doute du thème fort à propos en ces temps de profond déboussolement occidental, pour en faire un succès en salles. Mais je dois dire que malgré le regard et le style très américains — un regard de bourgeois qui se retrouve dans l'abondance alors que plus de la moitié de la planète vit dans la pauvreté —, le long-métrage est agréable à regarder, surtout à vivre. Si on se place du point de vue d'Elizabeth (que Julia Roberts interprète admirablement), le film est adorable, beau et rond, et il fait du bien. Chaque pays est visuellement bien rendu, l'évolution psychologique d'Elizabeth aussi. Belles interprétations de Richard Jenkins (qu'on a vu dans The Visitor) en Texan reconverti et de Javier Bardem en Brésilien-changeur-de-vie. Un film de filles, assurément, mais un film pour les voyageurs aussi, juste pour redonner le goût de partir...

Remember Me (2010)

Pour celles qui voient Robert Pattinson dans leur soupe depuis Twilight, sachez que vous n'aurez pas ici un éloge de son joli minois étant donné que je m'en fiche éperdument — d'ailleurs, son interprétation à la James Dean est correcte, mais sans plus. Sachez que si Remember Me reste grand public et très américain (encore! décidément...), l'intérêt du film réside dans son traitement du deuil familial, ma foi intéressant. Pour faire une histoire courte, le jeune et semi rebelle Tyler (Pattinson), profondément blessé par le suicide de son frère et par l'indifférence de son père, un riche homme d'affaires, rencontre Ally (Emilie de Ravin), une jeune étudiante tout aussi cicatrisée que lui — vous saurez d'ailleurs très vite, et très sauvagement, pourquoi. Sur fond de réunions de famille, de regards doux et de crises existentielles, et bien sûr d'amour adolescent, on suit le destin des deux âmes blessées à New York, dans leurs beaux et très ordinaires moments. Un film pour se divertir en mode dramatique et dont la finale, qu'on ne voit jamais venir, frappe plutôt fort. Peut-être un peu trop?


Serendipity (2001)

Serendipity (n.): the occurrence and development of events by chance in a happy or beneficial way. Syn fr. Heureux hasard. C'est sur ce ton que l'on aborde Serendipity, long-métrage exclusivement basé sur le hasard d'une rencontre qui change le reste d'une existence. C'est une banale paire de gants qui bouleverse tout, puisque Sara (crédible Kate Beckinsale) et Jonathan (sympathique John Cusack) décident d'aller prendre un café pour célébrer leur (courtois) différend sur l'achat de ladite paire de gants. Si on peut sourciller à de nombreux moments un peu trop «arrangés avec le gars des vues», il reste que d'autres petits clins d'oeil relatifs à la rencontre et la personnalité un peu excentrique de Sara ajoutent une autre dimension à ce film autrement peu approfondi — le traitement du mariage, de l'amour et des relations reste surtout en surface. À noter, la présence de l'hilarant Jeremy Piven (Chasing Liberty), dont l'attitude me fait toujours rire — et c'est rare. Bref, un bon petit film comme dirait Cousin, mais pas un essentiel.

mercredi 8 février 2012

Un peu d'eau de rose

Je suis loin d'être une fan de comédies romantiques, mais quelques propositions culturellement intrigantes m'ont récemment fait dévier. Alors, un peu comme Cousin et Cousine, je vous propose quelques critiques de ce genre cinématographique qui m'est encore relativement inconnu — et qui se rapproche par moments du roman Harlequin: une seule et même recette, seulement les visages qui changent.

Dirty Dancing: Havana Nights (2004)

Tourné à Cuba même dans la fascinante La Havane, ce deuxième opus du légendaire Dirty Dancing (sorti en 1987 avec Patrick Swayze) vaut bien un détour: cette histoire d'une jeune Américaine que le travail de son père amène à Cuba en 1958 nous fait voir, en plus de nous plonger dans les rythmes chauds de la danse cubaine, l'inégalité des classes sociales et la teneur des relations américano-cubaines à cette époque, en pleine guerre froide. Sur fond de soleil et de tropiques, on suit la relation de Javier (rafraîchissant Diego Luna) et de Katey (rayonnante Romula Garai), qui incarnent le couple de danseurs à l'amour interdit — mais un amour sympathique et réaliste. Leur jeu crédible et leur étonnante chimie à l'écran nous font passer un bon moment. Je vous mets au défi de ne pas danser sur le générique...

Leap Year (2010)

On m'avait alléchée avec la promesse de beaux paysages d'Irlande, ce fut gagné: les terres grandioses de cette île verdoyante sont bien rendues. D'ailleurs le sujet s'y prête bien: une Américaine engoncée (prévisible Amy Adams) va rejoindre son fiancé pour le demander en mariage (!) et, ô surprise, la demoiselle se perd en chemin. Sur sa route de fonds de villages — dont la population est déplorablement caricaturée —, elle rencontre un Irlandais à l'accent épouvantable (ordinaire Matthew Goode) avec lequel elle tisse des liens ambigus — amitié, amour, haine? Film d'amour typique, quoi. Cela dit, une fois passés les moments décourageants — e.g. le lancer du soulier et le désastre de la chambre —, on se demande quand même comment la fin, bien sûr écrite dans le ciel, va finir par se dénouer. À vous de voir si les paysages d'Irlande en valent la peine...

Last Night (2010)

Pour moi, ce long-métrage est le parfait exemple du drame romantique juste assez bien dosé entre troubles et désirs, entre passé, présent et avenir, avec toutes les considérations psychologiques que cela implique. Tout le film, un peu à l'image de Little Children, suit l'histoire de deux «couples». Une femme mariée, Joanna (intéressante Keira Knightley), reproche à son mari d'avoir un oeil sur sa collègue, laquelle lui fait des avances pendant un voyage d'affaires. Pendant ledit voyage, un ancien amoureux de Joanna, Alex (excellent Guillaume Canet), refait surface alors qu'il est de passage à New York. Chaque «nouveau couple» traverse donc une phase croissante de désir et de doutes, le tout servi sur fond de réflexions jamais trop indigestes. Très bien acté et superbement réalisé, ce long-métrage est à mon avis un vrai bijou du genre. Le suspense monte, le désir aussi, et la fin laisse pantois. Vraiment, à voir.

dimanche 15 janvier 2012

De la puissance au cinéma

The Descendants (Alexander Payne — 2011)

On en parle déjà comme d'un sérieux candidat pour la course aux Oscars, même comme l'un des meilleurs films de l'année — et elle débute à peine! Des commentaires qui témoignent toutefois d'une réalité: The Descendants est excellent. Campé dans le «paradis» hawaïen — rarement filmé —, le long-métrage s'insinue dans le quotidien d'un avocat père de famille (fabuleux George Clooney), qui doit gérer ses deux adolescentes quand sa femme tombe dans un profond coma. Sur fond de musique locale et de paysages remarquables, The Descendants utilise un humour délicat et se fait pertinent dans le traitement de la mort, de l'amour, surtout de la famille. Quelle justesse, quelle humanité dans le ton! Les personnages sont tous, sans exception, touchants dans leurs imperfections et leur spontanéité. Jusqu'à la fin on rit, on s'exclame, on s'émeut, et on pleure un peu. Chapeau.

The Edge of Love (John Maybury — 2008)

En plus d'être visuellement réussi, ce drame ayant pour cadre la Deuxième guerre mondiale aborde des aspects moins familiers du grand conflit: la vie des poètes, des amoureux, des pin-up girls — autrement dit, ceux qui subissent la guerre sans y prendre part. Faisant appel à un sporadique narrateur poète, axé sur l'amour d'un homme partagé par deux femmes que tout devrait opposer, The Edge of Love parle aussi de complicité féminine, de maternité et du syndrome post-traumatique, fort bien illustré. Si le jeu de Keira Knightley n'est que bien, celui de Sienna Miller, en revanche, est lumineux. Un film fort, poignant, qui démarre un peu sur les chapeaux de roues mais qui nous emporte dans des chemins inattendus, jusqu'à ce grand bord de la mer où se dénouent ces intrigants destins.

Little Children (Todd Field — 2006)

Commencez-le et vous ne pourrez plus vous arrêter. Long-métrage acclamé par la critique, adapté du livre de Tom Perrotta, Little Children porte un titre bon enfant mais cache de bien sérieux sujets: adultère, sexe et pédophilie, entre autres. Dans une banlieue tranquille et plutôt chic de Boston, des mères de famille américaines conventionnelles — comprendre: particulièrement étroites d'esprit et conservatrices — se rencontrent au parc avec leurs enfants. Sur ce fond de discussions sans substance on découvre Sarah (crédible Kate Winslet), jeune mère maladroite et mariée, laquelle développe une amitié malsaine avec Brad (excellent Patrick Wilson), un père à la maison qui, même trentenaire, se cherche un destin. Film lent, sourd, qui monte vers sa finale retentissante, Little Children est une analyse perspicace de nos plus bestiaux désirs, de notre société intolérante et de nos familles dysfonctionnelles. Un film parfaitement réussi où l'on navigue de désirs en malaises.